Une boussole pour accompagner un usage plus sobre du foncier

Les collectivités, en particulier les Métropoles, sont aujourd’hui confrontées à une raréfaction du foncier disponible sur leur territoire, qui conduit à une concurrence exacerbée entre ses différents usages possibles. Ce qui est perçu aujourd’hui comme un frein au développement économique pourrait être pensé au contraire comme une opportunité pour faire un meilleur usage du foncier, plus sobre, plus coopératif, et répondant mieux aux besoins et enjeux du territoire et de ses habitant.e.s.

Plusieurs situations récentes ont fait prendre conscience à la métropole européenne de Lille du besoin de plus de coordination entre services de la MEL (développement économique, habitat, énergie, mobilité, etc.) sur l’usage des (derniers) fonciers disponibles. Quelle modalité de dialogue et de coordination faudrait-il instituer pour promouvoir une vision plus transversale et intégrée ? Comment instaurer une vigilance mutuelle des services sur les synergies possibles, pour optimiser l’usage du foncier ?   

 

L’enquête préalable au test a fait ressortir le besoin d’éclairer les prises de décision sur l’usage du foncier :

  • Dans un contexte de pression foncière forte, les visions et usages projetés pour ces parcelles par les différents services sont souvent peu explicitées  entre les services et sources de tensions. Il importe pourtant que le Comité de direction puisse préparer une proposition collective aux élus et élues, d’autant qu’ils et elles sont parfois approché.e.s de manière directe par des promoteurs ou autres acteurs locaux, ce qui peut avoir pour effet de court -circuiter le travail des services si celui ci n’est pas assez négocié en amont.
  • Du coté des directions en charge du développement économique », celles-ci rencontrent des difficultés à faire passer en priorité les usages souhaités : ses prospects sont plus volatiles et difficiles à sécuriser (les entreprises ont des temporalités de décisions plus courtes et plus dépendantes du contexte économique et politique) ; les maires et élu.e.s ont tendance à favoriser, plutôt que le maillage industriel, des usages comme l’habitation ou le transport, qui permettent d’attirer des familles ou d’améliorer l’offre de services publics.
  • Enfin, si dans le Plan local d’urbanisme certaines parcelles sont destinées à l’activité économique, ceci reste « sujet à interprétation » ; elles ne bénéficient pas nécessairement aux entreprises en lien avec le service Développement économique (l’implantation d’une chaufferie bio masse, par exemple, peut être considérée comme du foncier économique).

 

Rejouer le processus d’arbitrage sur le devenir d’une friche

Concrètement, nous avons animé, avec la direction Recherche & Développement (R&D) de la MEL, deux ateliers pour « rejouer » avec les services concernés (transition, énergie climat,  planification, stratégie foncière, économie) le processus d’arbitrage sur le devenir d’une friche, et produire un cahier des charges commun pour optimiser le foncier et préfigurer une instance de dialogue pour l’usage futur des fonciers MEL.

Au cours de ces ateliers, nous avons produit et testé deux outils :

  • Un Jeu de cartes « boussoles »  pour expliciter la vision de chaque service pour une parcelle foncière, et dépasser le sentiment que « tout le monde ne joue pas carte sur table ». Il a permis à chacun de se décentrer et de mettre en partage son approche, apaisant ainsi les tensions entre services.
  •  Un tableau croisé des attentes de chaque direction sur une parcelle qui permet d’identifier les synergies possibles entre celles-ci. Celui-ci pourrait être pré rempli, soit par les directions, soit par le service planification, afin de devenir un objet d’échange.

 

Ces ateliers ont mis en avant le rôle pivot du service planification, qui aura vocation à intégrer et animer ces outils et cette nouvelle instance de négociation des usages du foncier.

Le test a mis en avant les possibilités d’évolutions de son rôle et de ses pratiques de travail :

  • Développer une approche plus systémique : le service, qui réalise ou porte des études sur le foncier métropolitain, détient l’historique passé et à venir des parcelles. Il intervient régulièrement auprès des différents services en parallèle/bilatéral, pour le partager. Se poser comme initiateur de ces temps collectifs dessine un mode de travail moins technique, plus économe en temps, mais requérant de nouveaux savoir faire et modes d’organisation.
  • Adopter un rôle de facilitateur, pour préparer et animer ces temps collectifs, mobiliser les services, faire évoluer les outils, identifier la bonne temporalité de cette instance.

La prochaine étape, pour les services Planification et R& D et de faire évoluer les cartes boussoles pour mieux les adapter au contexte de la MEL (décerner les dimensions réglementaires du reste, adapter le vocabulaire, etc.) ; retravailler le format des ateliers et outils afin qu’ils puissent être animés en autonomie par le service et collent mieux avec leurs habitudes de travail ; identifier et formaliser l’évolution de leur rôle et posture ; mobiliser les services Habitat et Transports, absents lors des premiers ateliers. Plus largement, la démarche a mis en lumière le besoin de modéliser le parcours d’usage depuis l’identification d’un foncier disponible jusqu’à la décision de son usage.

Du coté de la direction en charge du développement économique, l’expérimentation a souligné le besoin de clarification de sa stratégie foncière ; en effet, si chaque agent du service a une connaissance fine des besoins des entreprises qu’il ou elle rencontre, il n’existe pas de aujourd’hui de fonction de capitalisation et de centralisation de cette connaissance. Un recrutement au sein du service, fin 2025, devrait pourvoir à ce besoin.

 

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